Clarence STIERNET
Artiste moltoglotte

Biographie » Qu'est-ce que l'art pour vous ?

L'art, c'est la conscience qui fait son petit bonhomme de chemin

Enfance de l'art : 1958, j'ai 5 ans. Pour la toute première fois de ma vie, on va au cinéma. Dessin animé. Une minute. Petit bonhomme très stylisé arrive en dansant par la droite de l'écran. Dans une main, un pinceau, dans l'autre un pot de peinture. Lève son pinceau et trace le contour d'une maison, une porte, une fenêtre. Entre par la porte, apparaît à la fenêtre avec un sourire radieux. Fin. Emerveillée. La vie mode d'emploi. Evasion. La cellule familiale.

L'art : on est dévoré par ce qui nous habite, et nourri par ce qui habite les autres. L'un dans l'autre, cela permet d'avaler le monde. Le mastiquer, le rendre assimilable. Ceux qui ne pratiquent aucun art s'en nourrissent aussi. Ne fût-ce que par la langue. C'est la littérature qui transmet toute l'expérience de la vie. Et ses lois. Dieu le savait déjà.

La nature est-elle artiste ? Echouer et recommencer autrement. La nature le fait aussi, mais sur une autre échelle de temps.

L'art commence avec la capacité de mentir.

L'art : le plus singulier et le plus universel, quand il parvient à toucher ce fond commun donc parlait W. Benjamin.

L'art : un travail collectif des humains. Pas indispensable d'être un génie (mais c'est mieux). L'important, c'est que perdure un flux. Que cela demeure dans le domaine des possibilités pour quand naissent les génies. Et qu'on ait continué à fabriquer des couleurs.

L'art : apparition de l'invisible dans le visible, disait Danaé, révélation (au sens photographique) du mystère que recèle le banal.

Creuser, fracturer la croûte du réel. Traverser la zone des questions. Persévérance. Solitude dans l'atelier. Pendant que dehors les autres ripaillent et fraternisent.

Mais on n'aime pas trop ceux qui creusent. Ne jouent pas le jeu. Troublent l'ordre public.

Et pourtant, l'art est ce qu'il reste de mieux des civilisations disparues. Transmis. Précieux. L'art, dans la guerre, dans les prisons, sur les routes de l'exil, un poème, une petite musique, une chanson. Plus utiles pour survivre qu'un morceau de pain, plus dangereux qu'un fusil.

L'art, c'est un don. Il faut l'entretenir. Un honneur, un privilège, c'est pourquoi les artistes doivent le payer si cher. Les 50 premières années sont les plus dures. C'est quand on n'a plus de dents qu'on nous donne les noisettes.

L'art est au commencement. Il n'y a pas d'abord le biologique. Alexandre, l'autre soir, terriblement ivre, le disait mieux : «L'art ? ... Eh ben, c'est les grottes ... .... Lascaux, Altamira, etc. .... ... .... ... .... A l'époque, ils avaient le temps. ... ... ... .... ... .... ... ... ... ... ... Et c'est comme ça qu'on est devenus intelligents ... .... homo sapiens, etc. ... ... ... ... ... ... Mais, les accidents de chasse, ils n'aimaient pas trop».

Clarence Stiernet, peintre et sculpteur
Article paru dans le supplément du Courrier «La danseuse», dirigé par Geneviève Guhl, le 9 février 2008

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